Au sud du Japon, sur l’île de Kyūshū, la ville de Beppu est mondialement connue pour ses sources thermales, qui en font l’une des plus grandes stations de onsen du pays. Parmi les innombrables bassins fumants qui jalonnent la région, un ensemble retient particulièrement l’attention des visiteurs : les “Enfers de Beppu” (Beppu Jigoku).
Ces sites naturels spectaculaires, à la fois fascinants et inquiétants, témoignent de la puissance géothermique qui anime les entrailles de la terre. Lieux de contemplation plutôt que de baignade, ils suscitent depuis des siècles un mélange de crainte et d’admiration.
Culture
Définition des Enfers de Beppu
別府地獄 Enfers de Beppu
Les Enfers de Beppu (別府地獄) désignent un ensemble de sept sources thermales géothermiques situées dans différents quartiers de la ville de Beppu. Contrairement aux onsen destinés aux bains, ces bassins extrêmes, bouillonnants, colorés ou jaillissants de vapeur, ne sont pas accessibles à la baignade en raison de leurs températures très élevées (souvent supérieures à 90°C).
Leur nom “d’enfers” reflète leur aspect spectaculaire et parfois inquiétant : eaux rouge sang, boue en ébullition, geysers puissants ou vapeurs sulfureuses. Aujourd’hui, ces sites sont aménagés comme attractions touristiques, mais ils conservent une dimension culturelle et symbolique, héritée des croyances anciennes qui associaient ces phénomènes naturels au monde souterrain.
Étymologie de Beppu jigoku
Le terme Beppu jigoku est composé des mots suivants :
別府 (Beppu) qui est le nom d’une ville du Japon située dans la préfecture d’Ōita, sur l’île de Kyūshū.
地獄 (jigoku) qui signifie “enfer”. À Beppu, les “jigoku” sont des sources chaudes si extrêmes qu’elles sont considérées comme des visions d’enfer terrestre.
Le nom “Enfers de Beppu” désigne donc ces sources chaudes extrêmes, dont les vapeurs, couleurs étranges et grondements souterrains contribuent à créer une atmosphère hostile et surnaturelle.
Les sept Enfers de Beppu
Les Enfers de Beppu forment un circuit touristique de sept sites principaux, chacun ayant ses propres caractéristiques visuelles et thermales. Ils se situent principalement dans deux quartiers : Kannawa et Shibaseki.
Contrairement aux onsen classiques, ils sont trop dangereux pour être utilisés comme bains. Ils sont cependant intégrés dans l’économie locale à travers le tourisme, la cuisine (certains aliments sont cuits directement à la vapeur des sources), et même des rituels traditionnels.
Circuit des enfers de Beppu
Umi Jigoku (海地獄)
Umi Jigoku, ou “l’enfer de la mer”, se distingue par la couleur bleu cobalt de son eau, due à une forte concentration de silice, qui lui donne l’apparence d’une mer paisible malgré une température proche de 98 °C, rendant la baignade impossible. Ce contraste saisissant entre la beauté visuelle et la chaleur extrême explique son nom évocateur.
À la fois site naturel, attraction touristique et symbole culturel, Umi Jigoku illustre la puissance des phénomènes géothermiques et occupe une place importante dans le patrimoine thermal japonais.
Oniishi Bōzu Jigoku (鬼石坊主地獄)
Oniishi Bōzu Jigoku, ou “l’enfer des têtes de bonzes”, se distingue par ses bains de boue bouillonnante, dont la surface forme des bulles grises sphériques évoquant des crânes chauves, d’où l’association avec les moines bouddhistes (bōzu).
Oniishi Bōzu Jigoku combine l’aspect spectaculaire de l’activité volcanique avec une ambiance mystique, entre vapeur, odeurs de soufre et bruit sourd des bulles éclatantes. Ce phénomène naturel donne au site une allure étrange, quasi spirituelle, qui fascine les visiteurs.
Shiraike Jigoku (白池地獄)
Shiraike Jigoku, ou “l’enfer de l’étang blanc”, se caractérise par un bassin d’eau chaude naturellement teintée de blanc laiteux en raison de la forte concentration de minéraux, notamment le calcium et le silicium. L’eau jaillit à une température d’environ 95°C, rendant le site non propice à la baignade, mais fascinant à observer.
Shiraike Jigoku est également connu pour son ambiance paisible, son petit jardin japonais attenant, ainsi que son aquarium tropical qui abrite des espèces de poissons exotiques, adaptés à la chaleur de l’eau. Le contraste entre l’apparente tranquillité du lieu et l’énergie souterraine qui l’alimente en fait une curiosité naturelle unique et une attraction touristique populaire.
Kamado Jigoku (かまど地獄)
Kamado Jigoku, ou “l’enfer du chaudron“, se compose de bassins d’eau et de boue bouillonnante, chauffés à des températures extrêmes par l’activité volcanique souterraine.
Les fumerolles sulfureuses, les couleurs minérales éclatantes et l’odeur caractéristique de soufre donnent au site une atmosphère à la fois étrange et fascinante. Kamado Jigoku est un lieu touristique où l’on peut admirer la puissance brute de la géothermie tout en découvrant une part du folklore et des traditions locales de Beppu.
Oniyama Jigoku (鬼山地獄)
Oniyama Jigoku, ou “l’enfer de la montagne des démons”, est connu pour héberger de nombreux crocodiles, élevés en captivité depuis les années 1920 grâce à la chaleur naturelle dégagée par la source.
En effet, la chaleur constante permet de maintenir une température idéale pour ces reptiles tropicaux, ce qui a conduit à la création d’une ferme de crocodiles dans l’enceinte de l’enfer. C’est aujourd’hui un aspect touristique unique du site.
Chinoike Jigoku (血の池地獄)
Chinoike Jigoku, ou “l’enfer du lac de sang”, est un étang naturel d’eau bouillante teintée de rouge, dont la couleur provient de la présence d’oxydes de fer et de minéraux argileux qui se déposent au fond du bassin. La température de l’eau avoisine généralement les 78 °C, rendant impossible toute baignade, contrairement aux onsen classiques.
Chinoike Jigoku n’est pas seulement une curiosité géologique : il possède aussi une forte dimension symbolique et religieuse. Dans la tradition bouddhique japonaise, il évoque l’un des enfers où les damnés sont plongés dans des mares de sang brûlant comme châtiment pour leurs fautes. Ce lien avec l’imaginaire spirituel fait de l’étang non seulement une attraction touristique, mais également un lieu de contemplation et de crainte sacrée.
Tatsumaki Jigoku (龍巻地獄)
Tatsumaki Jigoku, ou “l’enfer du tourbillon”, est un geyser qui entre en éruption toutes les 30 à 40 minutes, pendant environ 6 à 10 minutes, projetant de l’eau très chaude et de la vapeur jusqu’à 30 mètres de hauteur. L’eau chauffée à haute pression dans les profondeurs souterraines peut atteindre 150 °C, mais elle se vaporise immédiatement après son éruption en raison de la dépression et sa température descend alors à environ 100 °C.
Pour éviter les projections trop dangereuses, une structure de pierre a été installée autour de la bouche du geyser, permettant aux visiteurs de profiter du spectacle de près sans risques.
Conclusion
Les Enfers de Beppu incarnent la double face de la nature japonaise : à la fois source de vie et de bien-être (par les onsen), mais aussi manifestation brutale et redoutable de la puissance terrestre. Leur nom n’est pas qu’une métaphore touristique : il rappelle la peur sacrée qu’inspiraient ces paysages de boue brûlante et de vapeurs sulfureuses. Aujourd’hui, ils sont devenus un itinéraire incontournable pour comprendre à la fois la géologie, la spiritualité et la culture thermale du Japon.
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