Rikishi

力士

Lorsqu’on pense au sumo japonais, l’image du Rikishi vient presque immédiatement à l’esprit : un lutteur massif, vêtu d’un mawashi, les cheveux attachés en chignon, qui s’affronte avec son adversaire au centre du dohyō. Pourtant, derrière cette image devenue emblématique du Japon se trouve une réalité beaucoup plus complexe. Le Rikishi n’est pas seulement un sportif participant à des combats de sumo : il appartient à une communauté organisée, suit un entraînement quotidien particulièrement exigeant et évolue au sein d’une hiérarchie très précise.

Le statut de Rikishi s’est progressivement construit avec l’histoire du sumo. Au fil des siècles, les pratiquants sont passés de participants à des rites et à des démonstrations de force à de véritables professionnels du spectacle sportif. L’organisation actuelle du sumo professionnel conserve ainsi de nombreux éléments hérités de cette longue évolution.

Culture

Définition de Rikishi

力士 Rikishi
力士 Rikishi

En japonais, le terme Rikishi (力士) désigne aujourd’hui principalement un lutteur de sumo, et plus particulièrement un professionnel appartenant au monde du sumo organisé. Le terme est notamment employé par la Japan Sumo Association pour désigner les sportifs enregistrés auprès de l’organisation.

Il existe d’autres façons de désigner un lutteur de sumo. Sumōtori (相撲取り) signifie littéralement “celui qui pratique le sumo”, tandis que osumōsan (お相撲さん) est une appellation plus familière et respectueuse. Rikishi est toutefois le terme officiel et traditionnellement associé au statut du lutteur professionnel.

Il faut également distinguer Rikishi et sekitori (関取). Tous les sekitori sont des Rikishi, mais tous les Rikishi ne sont pas des sekitori. Le terme sekitori désigne les lutteurs ayant atteint les deux divisions les plus élevées, jūryō (十両) et makuuchi (幕内). Cette distinction est importante, car accéder à ces divisions entraîne notamment un changement considérable dans les conditions de vie et le statut du lutteur.

Sumo

Étymologie de Rikishi

Le mot Rikishi est composé de deux kanji :

  • 力 qui signifie “force, pouvoir, énergie”.
  • 士 qui signifie “samouraï, gentilhomme, savant”.

L’ensemble peut donc être compris comme “homme puissant”. Cette signification est d’ailleurs plus ancienne et plus large que le seul monde du sumo. Le mot Rikishi pouvait désigner autrefois une personne particulièrement forte ou courageuse. Les dictionnaires japonais signalent notamment une ancienne prononciation, rikiji, ainsi que des emplois remontant à la littérature médiévale.

Le terme possède également une dimension religieuse. Dans le bouddhisme japonais, Kongō rikishi (金剛力士) désigne les deux puissants gardiens que l’on trouve traditionnellement à l’entrée de nombreux temples, souvent représentés sous la forme de statues imposantes. Ici encore, le mot Rikishi évoque avant tout la puissance physique et la force protectrice.

Les Niō du Tōdai-ji

Ce n’est donc que progressivement que Rikishi s’est imposé comme l’une des principales appellations des lutteurs de sumo. Le terme conserve ainsi dans son étymologie l’idée fondamentale de force, qui se trouve au cœur de l’imaginaire associé au sumo.

Du combattant au sportif professionnel

L’histoire du Rikishi est intimement liée à celle du sumo. Les premières formes de sumo étaient très différentes du sport professionnel actuel. Elles étaient notamment liées à des rites destinés à prier pour de bonnes récoltes et furent ensuite intégrées aux cérémonies de la cour impériale. À l’époque des samouraïs, le sumo servit également d’exercice physique et martial.

C’est surtout à partir de l’époque d’Edo que les lutteurs professionnels commencèrent à prendre une place importante. Des combats organisés sous forme de spectacles se développèrent et le sumo devint progressivement un divertissement populaire. Des lutteurs célèbres acquirent alors une véritable notoriété, tandis que l’organisation des compétitions et de la hiérarchie se perfectionnait.

Le Rikishi moderne est donc le résultat de cette évolution : il est à la fois l’héritier du combattant traditionnel et le sportif professionnel d’une discipline extrêmement codifiée.

Sumo, de Utagawa Kunisada (1840)
Sumo, de Utagawa Kunisada (1840)

Entrer dans le monde du sumo

土俵 Dohyō
土俵 Dohyō

Un jeune homme qui souhaite devenir Rikishi professionnel doit généralement rejoindre une heya (部屋), que l’on peut traduire par “écurie” ou “école de sumo”. Chaque heya est dirigée par un ancien Rikishi devenu oyakata (親方), qui encadre les lutteurs et organise leur formation. Les heya constituent ainsi de véritables communautés dans lesquelles les jeunes lutteurs vivent, s’entraînent et accomplissent différentes tâches quotidiennes.

L’entrée dans le sumo professionnel est soumise à certaines conditions. La Japan Sumo Association prévoit notamment un examen médical et un examen destiné aux nouveaux lutteurs. Les critères comprennent des conditions d’âge et de constitution physique, avec certaines exceptions pour les candidats ayant un parcours sportif particulier.

Une fois accepté, le jeune Rikishi commence généralement tout en bas de la hiérarchie. Il doit alors progresser grâce à ses résultats lors des tournois officiels, appelés honbasho (本場所).

Dohyō

Une hiérarchie très précise

相撲 Sumo
相撲 Sumo

La carrière d’un Rikishi est déterminée par le banzuke (番付), le classement officiel des lutteurs. Il existe six grandes divisions, de la plus élevée à la plus basse :

  • Makuuchi (幕内).
  • Jūryō (十両).
  • Makushita (幕下).
  • Sandanme (三段目).
  • Jonidan (序二段).
  • Jonokuchi (序ノ口).

La division makuuchi constitue le sommet de la hiérarchie. Elle comprend notamment les rangs de yokozuna (横綱), ōzeki (大関), sekiwake (関脇), komusubi (小結) et les maegashira (前頭).

Le classement n’est cependant pas figé. Les performances obtenues pendant les tournois peuvent entraîner une promotion ou une rétrogradation. Pour un jeune Rikishi, progresser dans le banzuke représente donc l’un des principaux objectifs de sa carrière.

Sumo

Le quotidien d'un Rikishi

ちゃんこ鍋 Chanko nabe
ちゃんこ鍋 Chanko nabe

La vie d’un Rikishi est organisée autour de l’entraînement. Dans les heya, les journées commencent généralement tôt et sont consacrées à des exercices physiques et techniques particulièrement intenses. Les lutteurs travaillent notamment leur force, leur équilibre, leur endurance et leur capacité à utiliser différentes techniques de combat.

Le keiko (稽古), terme désignant l’entraînement, occupe une place centrale dans leur quotidien. Les Rikishi répètent les mouvements fondamentaux, affrontent leurs partenaires d’entraînement et cherchent constamment à améliorer leur technique. Le sumo ne repose donc pas uniquement sur le poids ou la force brute : la vitesse, l’équilibre, la position du corps et la maîtrise des techniques jouent également un rôle essentiel.

L’alimentation fait également partie intégrante de cette préparation. Le fameux chanko (ちゃんこ), ensemble de plats préparés dans les heya, est associé à la vie des Rikishi. Les repas permettent notamment de fournir l’énergie nécessaire à l’entraînement et de maintenir une constitution adaptée à la pratique du sumo.

Chanko nabe

Une apparence très codifiée

L’apparence du Rikishi constitue l’un des aspects les plus reconnaissables de son statut. Lorsqu’il combat, il porte le mawashi (廻し), une large ceinture spécialement conçue pour le sumo. Les lutteurs portent également les cheveux suffisamment longs pour pouvoir les attacher selon la coiffure traditionnelle appelée chonmage (丁髷).

Ces caractéristiques ne sont pas de simples éléments folkloriques. Elles font partie des règles et des traditions qui distinguent le Rikishi des autres sportifs. Son apparence permet ainsi d’identifier immédiatement son appartenance au monde du sumo.

Les lutteurs portent également un shikona (四股名), c’est-à-dire un nom de combat. Celui-ci peut être construit à partir de différents éléments et permet souvent de créer une identité particulière pour le Rikishi. Certains shikona sont liés à la heya, à une région ou à une tradition familiale, tandis que d’autres peuvent évoquer des qualités telles que la force ou la nature.

Sumo

Le Rikishi et la notion de tradition

行司 Gyōji
行司 Gyōji

Le Rikishi est soumis à un ensemble de règles qui dépassent largement le simple déroulement des combats. Dans le sumo professionnel, la discipline, le respect des aînés et la vie collective occupent une place importante. Les jeunes lutteurs doivent notamment participer à différentes tâches au sein de leur heya, tandis que les lutteurs plus expérimentés bénéficient progressivement d’un statut supérieur.

Cette organisation hiérarchique peut paraître très éloignée du fonctionnement des sports modernes, mais elle constitue précisément l’une des particularités du sumo. La Japan Sumo Association présente d’ailleurs les heya comme des lieux destinés à former et à encadrer les Rikishi, tout en assurant la transmission de la tradition du sumo.

Le Rikishi est donc considéré non seulement comme un compétiteur, mais aussi comme un représentant d’une culture sportive ancienne. Son comportement, sa tenue et sa manière de participer aux cérémonies contribuent à cette image.

Sumo

Les Rikishi étrangers

Le monde du sumo professionnel n’est plus exclusivement japonais. Des lutteurs originaires de nombreux pays ont intégré les heya et certains ont atteint les plus hauts rangs du banzuke. Les listes officielles de la Japan Sumo Association montrent notamment la présence de Rikishi originaires de Mongolie, d’Ukraine, du Kazakhstan et d’autres pays.

Cette internationalisation n’a toutefois pas supprimé les règles traditionnelles du sumo. Les Rikishi étrangers doivent eux aussi s’intégrer à une heya, apprendre les codes de la discipline et adopter le mode de vie propre au sumo professionnel.

Cette évolution est particulièrement intéressante : le Rikishi est devenu une figure internationale tout en restant profondément associé à une tradition japonaise très ancienne.

Sumo

La carrière et la retraite

La carrière d’un Rikishi peut être relativement courte et dépend fortement de ses performances ainsi que de son état physique. Les blessures constituent un risque important dans une discipline où les affrontements sont extrêmement physiques. Certains lutteurs prennent leur retraite après quelques années seulement, tandis que d’autres restent au plus haut niveau pendant une longue période.

Pour les Rikishi ayant atteint un certain niveau, la retraite ne signifie pas nécessairement quitter complètement le monde du sumo. Certains peuvent devenir oyakata et participer à la formation de la génération suivante. Ils peuvent alors transmettre leur expérience aux jeunes lutteurs et contribuer à la gestion de leur heya et, plus largement, à l’organisation du sumo professionnel.

La carrière du Rikishi s’inscrit ainsi dans une forme de continuité : le jeune lutteur apprend auprès de ses aînés, devient à son tour un compétiteur expérimenté, puis peut éventuellement participer à la formation des futurs Rikishi.

Conclusion

Le terme Rikishi, dont l’origine évoque la force et la puissance, possède une histoire ancienne qui dépasse largement le cadre du sport. Au fil des siècles, il s’est progressivement associé aux professionnels du sumo, jusqu’à devenir aujourd’hui l’une des figures les plus caractéristiques de cette discipline.

La vie d’un Rikishi repose sur un équilibre entre compétition, entraînement, discipline et tradition. Son appartenance à une heya, son classement dans le banzuke, son apparence, son nom de combat et son quotidien sont autant d’éléments qui participent à une identité professionnelle très particulière. À travers lui, le sumo apparaît ainsi non seulement comme un sport de combat, mais comme un univers culturel dans lequel les gestes, les règles et les rapports entre les générations occupent une place essentielle.

Références

エドモンド 本田 Edmond Honda

エドモンド 本田 Edmond Honda
© Street Fighter (ストリートファイター), Capcom (株式会社カプコン)

Difficile d’évoquer les représentations du sumo dans les jeux vidéo sans penser à Edmond Honda (エドモンド 本田), l’un des personnages emblématiques de Street Fighter. Apparu pour la première fois dans Street Fighter II en 1991, Edmond Honda est présenté comme un Rikishi japonais dont l’ambition dépasse largement les frontières du dohyō : il veut démontrer au monde entier la puissance et la valeur du sumo. Dans son histoire originelle, Honda découvre que le sumo n’est pas considéré partout comme un véritable sport et décide alors de partir à la rencontre des combattants du monde entier pour défendre son art.

Le personnage est intéressant parce qu’il associe force physique, fierté et bonhomie. Honda est un homme imposant, Capcom lui attribue notamment une taille de 1,85 m et un poids de 137 kg, mais il n’est pas présenté comme une brute. Il aime les bains chauds, le chanko nabe et semble prendre autant de plaisir à manger et à transmettre sa passion qu’à combattre. Il est également très attaché à la discipline et à l’entraînement, deux éléments fondamentaux de son identité de Rikishi. Capcom le décrit d’ailleurs comme un lutteur de rang ōzeki possédant des capacités dignes d’un yokozuna.

Dans le jeu, cette identité est évidemment poussée à l’extrême pour devenir spectaculaire. Honda transforme les mouvements associés au sumo en attaques immédiatement reconnaissables. Sa silhouette massive et ses charges spectaculaires en font presque une caricature du Rikishi, mais cette caricature conserve un élément essentiel : Honda est avant tout un personnage qui considère le sumo comme un véritable art martial et qui cherche à en faire connaître la puissance au-delà du Japon.

巌竜 Ganryū

巌竜 Ganryū
© Tekken (鉄拳), Bandai Namco Entertainment Inc. (株式会社バンダイナムコエンターテインメント)

Dans un registre assez différent, Ganryū (巌竜), de la série Tekken, offre une représentation beaucoup plus décalée du sumotori. Introduit dès le premier Tekken, il est lui aussi un véritable pratiquant de sumo, mais son parcours est nettement moins exemplaire que celui d’Edmond Honda. Dans sa biographie officielle de Tekken 2, Bandai Namco le présente comme un prodige devenu, à l’époque, le plus jeune ōzeki de l’histoire. Ses qualités sportives étaient exceptionnelles, mais son comportement lui a fermé les portes du grade de yokozuna : il montait notamment sur le dohyō avec des tenues extravagantes et se livrait même à des démonstrations pour le moins surprenantes.

Ganryū est donc un personnage construit autour d’un contraste : il possède les qualités physiques et techniques d’un grand Rikishi, mais son caractère et ses choix l’éloignent de l’image traditionnelle du champion. Après avoir quitté le monde du sumo, il évolue dans des milieux beaucoup moins recommandables et développe notamment un goût prononcé pour le jeu et les paris. Au fil des épisodes, cependant, son personnage mûrit et cherche davantage à construire une vie honnête.

Mais c’est surtout son côté sentimental et maladroit qui est devenu sa marque de fabrique. Ganryū tombe amoureux de Michelle Chang, puis, plus tard, de sa fille Julia. Cet amour n’est pas véritablement réciproque et devient l’une des principales sources de comédie autour du personnage. Ganryū conserve ainsi tous les attributs du Rikishi : puissance, corpulence, techniques de sumo, tout en étant volontairement présenté comme un personnage excentrique et parfois pathétique.

Sources :

  • Article Rikishi de Wikipédia
  • Article Honda de Street Fighter Fandom
  • Article Ganryū de Tekken Fandom

Me soutenir

Vous appréciez le contenu du site et souhaitez le soutenir ?
Vous pouvez apporter votre soutien de différentes manières :

Pour encourager le développement du site et le pérenniser, les contributions même les plus petites sont les bienvenues.
Merci infiniment pour votre aide !

お辞儀
Merci infiniment

Articles

Retrouvez tous les articles culturels sur cette page.

Partager :

Laisser un commentaire