Sumo

相撲

Le Sumo est aujourd’hui l’une des pratiques les plus emblématiques du Japon. Reconnaissable à ses lutteurs imposants, à leur mawashi, au dohyō et aux nombreux rituels qui précèdent les combats, il est souvent présenté comme le sport traditionnel japonais par excellence. Pourtant, réduire le Sumo à un simple affrontement sportif serait insuffisant. Sa pratique actuelle est le résultat d’une évolution de plusieurs siècles au cours desquels se sont mêlés rites religieux, entraînement militaire, divertissement populaire et compétition organisée.

Les origines du Sumo remontent à une époque très ancienne et sont en partie entourées de récits légendaires. Les premières sources écrites japonaises évoquant des combats de ce type sont notamment le Kojiki, achevé en 712, et le Nihon Shoki, achevé en 720. Si ces récits ne permettent pas de retracer avec certitude la naissance historique du Sumo, ils témoignent de l’ancienneté de cette pratique dans la culture japonaise.

Culture

Définition de Sumo

相撲 Sumo
相撲 Sumo

Le terme Sumo (相撲) désigne une forme de lutte dans laquelle deux adversaires cherchent principalement à faire sortir leur opposant du cercle de combat ou à lui faire toucher le sol avec une partie du corps autre que la plante des pieds. Le combat se déroule sur un espace circulaire surélevé appelé dohyō (土俵), généralement constitué d’argile.

Dans le Sumo professionnel, les lutteurs sont appelés rikishi (力士) ou sumotori (相撲取り). Ils appartiennent à des structures d’entraînement appelées heya (部屋), au sein desquelles ils vivent et s’entraînent selon une organisation très codifiée. Leur quotidien ne se limite donc pas aux combats : entraînement physique, alimentation, vie collective et respect de nombreuses règles font partie intégrante de leur formation.

Il convient également de distinguer le Sumo au sens général du ōzumō (大相撲), qui désigne plus spécifiquement le Sumo professionnel organisé par la Japan Sumo Association. Le mot Sumo peut par ailleurs entrer dans la composition d’autres expressions japonaises, comme udezumō (腕相撲), qui désigne le bras de fer.

Sumo

Étymologie de Sumo

力士 Rikishi
力士 Rikishi

Le mot Sumo est lié à une ancienne forme japonaise, sumai ou sumahi, ainsi qu’aux verbes sumau et sumafu. Ces formes anciennes étaient associées à l’idée de se mesurer à quelqu’un, lutter ou s’affronter.

L’origine de l’écriture 相撲 est également ancienne. Ces caractères apparaissent dans le Nihon Shoki et se retrouvent ensuite dans l’expression 相撲節会 (sumai no sechie), qui désignait une manifestation de lutte organisée à la cour impériale durant l’époque de Heian. À cette époque, la prononciation était donc différente de celle du Sumo moderne.

Les deux caractères du mot Sumo sont intéressants sur le plan du sens. 相 peut notamment exprimer l’idée de réciprocité, tandis que 撲 est associé à l’action de frapper ou de porter un coup. L’écriture ne doit toutefois pas être comprise comme une traduction littérale exacte du mot moderne : les caractères chinois ont été employés pour transcrire et représenter une pratique dont le nom existait déjà en japonais.

Le mot ayant été francisé et intégré à l’usage français, il est généralement écrit sumo, plutôt que sumō.

Des origines liées aux rites

Les premières formes de Sumo étaient très différentes de la discipline actuelle. Selon la tradition japonaise, les affrontements physiques étaient notamment associés aux rites destinés aux divinités shinto. Ils pouvaient avoir pour fonction de demander une récolte abondante ou de déterminer symboliquement si l’année agricole serait favorable. Le Sumo était ainsi lié au monde agricole et religieux avant de devenir progressivement une forme de spectacle et de compétition.

Les récits mythologiques renforcent cette association entre le Sumo et les origines du Japon. Le Kojiki et le Nihon Shoki rapportent différents récits de combats entre personnages divins ou légendaires. Le Nihon Shoki raconte notamment le célèbre affrontement entre Nomi no Sukune et Taima no Kuehaya, traditionnellement considéré comme l’un des récits fondateurs du Sumo. Il s’agit toutefois de traditions mythologiques ou légendaires et non de comptes rendus historiques au sens moderne.

Sumo, de Utagawa Kunisada (1840)
Sumo, de Utagawa Kunisada (1840)

Le Sumo à la cour impériale

Au cours de l’époque de Nara puis de l’époque de Heian, le Sumo acquiert progressivement une place importante dans les cérémonies de la cour impériale. Une manifestation appelée sumai no sechie était organisée et réunissait des lutteurs venus de différentes régions.

Cette pratique ne correspondait pas encore au Sumo professionnel actuel. Les règles et les techniques étaient différentes et les combats pouvaient être beaucoup plus violents. Cependant, la présence du Sumo dans les cérémonies officielles contribue à son organisation et à sa codification. Des règles commencent notamment à déterminer les techniques autorisées et la manière dont les affrontements doivent se dérouler.

Cette période constitue donc une étape importante : une pratique auparavant associée notamment aux rites et aux affrontements physiques commence à devenir une activité organisée dans un cadre institutionnel.

Sumo

Du Moyen Âge à l'époque des samouraïs

À partir de l’époque de Kamakura, le Japon entre dans une longue période durant laquelle les guerriers occupent une place centrale dans la société. Le Sumo est alors également considéré comme une activité utile à l’entraînement militaire. La force physique et les techniques de lutte présentent évidemment un intérêt pour les combattants.

Le Sumo continue ainsi à évoluer en fonction des différentes sociétés qui le pratiquent. À l’époque des guerres civiles, certains seigneurs organisent des compétitions et recrutent des hommes particulièrement forts. Oda Nobunaga, par exemple, était connu pour son intérêt pour le Sumo et organisa des compétitions réunissant des lutteurs venus de différentes régions.

Il ne faut cependant pas imaginer une continuité parfaite entre ces combats et le Sumo professionnel actuel. Les formes de lutte, les règles, l’organisation des compétitions et le statut des participants ont considérablement changé au fil du temps.

L'essor du Sumo professionnel à l'époque d'Edo

行司 Gyōji
行司 Gyōji

C’est surtout durant l’époque d’Edo que le Sumo prend une forme proche de celle que nous connaissons aujourd’hui. Le pays connaît alors une longue période de paix et les divertissements destinés aux populations urbaines se développent considérablement.

Des groupes de lutteurs professionnels apparaissent et organisent notamment des kanjin-zumō (勧進相撲), des représentations dont les recettes pouvaient contribuer au financement de travaux ou à l’entretien de sanctuaires et de temples. Le Sumo devient progressivement un spectacle populaire à part entière.

Cette période voit également se développer une véritable culture autour des lutteurs. Certains deviennent célèbres dans tout le pays, tandis que le public s’intéresse de plus en plus à leurs performances et à leur personnalité. Le Sumo partage alors avec le kabuki une place importante dans les divertissements populaires de l’époque d’Edo.

Sumo

C’est également durant cette longue période que se consolident de nombreux éléments caractéristiques du Sumo : l’organisation des combats, les grades, les cérémonies, les vêtements et différentes traditions qui participent encore aujourd’hui à son identité.

Le fonctionnement d'un combat

塩をまく力士 Un lutteur de sumo qui jette du sel

Un combat de Sumo peut sembler très bref, mais il est précédé par une série de gestes et de rituels soigneusement codifiés. Les lutteurs entrent sur le dohyō, effectuent différentes actions préparatoires et se font face avant le début de l’affrontement.

Parmi les gestes les plus connus figure le fait de frapper le sol avec les pieds, appelé shiko (四股). Ce mouvement possède une dimension technique puisqu’il participe à l’entraînement des jambes, mais il possède également une dimension rituelle. Les lutteurs effectuent également des gestes destinés à purifier symboliquement le dohyō, notamment en lançant du sel avant le combat.

Sumo

Une fois le combat commencé, les possibilités sont nombreuses : poussées, saisies, projections et différents mouvements permettant de déséquilibrer l’adversaire. L’objectif n’est donc pas simplement de vaincre son opposant par la force brute. La position, l’équilibre, la vitesse de réaction et la technique jouent également un rôle essentiel.

Le dohyō et les principaux éléments traditionnels

土俵 Dohyō
土俵 Dohyō

Le dohyō occupe une place particulière dans la culture du Sumo. Il ne s’agit pas simplement d’un ring destiné à délimiter une zone de combat. Traditionnellement associé au sacré, il constitue l’espace dans lequel se déroulent les affrontements et les nombreux rituels qui les accompagnent.

Les lutteurs portent quant à eux le mawashi, une large ceinture de tissu. Leur coiffure traditionnelle, le chonmage, constitue également l’un des signes les plus immédiatement reconnaissables du statut de rikishi. Lors des cérémonies et des grandes occasions, certains lutteurs portent en outre un keshō-mawashi richement décoré.

Le Sumo possède ainsi une dimension visuelle particulièrement forte. Les vêtements, les coiffures, les gestes des lutteurs, les arbitres et l’architecture du dohyō contribuent tous à donner aux rencontres une atmosphère différente de celle de nombreux autres sports.

Dohyō

Les catégories et la hiérarchie des lutteurs

Le Sumo professionnel possède une hiérarchie extrêmement structurée. Les lutteurs sont répartis dans plusieurs divisions et progressent ou régressent en fonction de leurs résultats.

La catégorie la plus prestigieuse est celle des makuuchi, au sein de laquelle se trouvent notamment les rangs de maegashira, komusubi, sekiwake, ōzeki et, au sommet, yokozuna. Ce dernier rang possède un statut particulier : il ne constitue pas simplement un grade supérieur aux autres, mais un titre associé à des exigences sportives et à une forte dimension symbolique.

Cette hiérarchie contribue à faire du Sumo un univers particulièrement codifié. La carrière d’un lutteur dépend de ses résultats, mais également de sa capacité à progresser dans un système où chaque rang possède ses propres responsabilités et son propre prestige.

Sumo

Les grands tournois

Le calendrier du Sumo professionnel est organisé autour de six grands tournois annuels, appelés honbasho. Trois se déroulent à Tokyo et les trois autres ont lieu respectivement à Osaka, Nagoya et Fukuoka. Chacun dure quinze jours et les lutteurs des principales divisions disputent généralement un combat par jour pendant le tournoi.

Cette organisation donne au Sumo professionnel un rythme particulier. Contrairement à certains sports où les compétitions peuvent être organisées chaque semaine pendant toute une saison, les grands tournois constituent des périodes relativement courtes durant lesquelles les performances des lutteurs sont suivies quotidiennement.

Les résultats ont une importance considérable puisqu’ils influencent le classement des lutteurs. Une série de victoires peut permettre une promotion, tandis qu’un mauvais bilan peut entraîner une rétrogradation.

Sumo

Le Sumo dans le Japon contemporain

Le Sumo contemporain conserve une grande partie des traditions héritées de son histoire, tout en fonctionnant comme une discipline sportive professionnelle moderne. La Japan Sumo Association organise les compétitions professionnelles et assure notamment la gestion du système des lutteurs et des heya.

Le Sumo existe également sous une forme amateur. La Japan Sumo Federation œuvre notamment à la promotion et au développement du Sumo amateur, qui possède ses propres compétitions et ses propres règles. Le Sumo ne se limite donc pas au monde professionnel présenté lors des grands tournois.

Son importance culturelle reste également visible dans la société japonaise. Les tournois sont diffusés à la télévision, les grands lutteurs deviennent des personnalités connues et les traditions associées au Sumo continuent d’être transmises. La discipline constitue ainsi un exemple assez rare d’une pratique ancienne qui a conservé une identité fortement ritualisée tout en devenant un sport professionnel moderne.

Conclusion

Né de pratiques anciennes associées à la force physique et aux rites agricoles, le Sumo s’est progressivement intégré aux cérémonies de la cour impériale, a été utilisé comme entraînement par les guerriers avant de devenir un spectacle populaire particulièrement important à l’époque d’Edo. Au cours de cette longue évolution, ses règles, ses techniques et son organisation se sont progressivement structurées.

Aujourd’hui, le Sumo professionnel associe ainsi plusieurs dimensions qui peuvent sembler très différentes : sport de compétition, spectacle, tradition, rituel et patrimoine culturel. C’est précisément cette coexistence entre modernité sportive et héritage ancien qui explique en grande partie la place particulière qu’occupe le Sumo dans la culture japonaise. Les combats peuvent être très courts, mais chacun d’entre eux s’inscrit dans un ensemble de traditions dont certaines remontent à plusieurs siècles.

Source : Article Sumo de Wikipédia

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