Susanoo

スサノオ

Dans la mythologie japonaise, les kami (divinités) occupent une place centrale dans la compréhension du monde, de la nature et de l’identité culturelle du Japon. Parmi ces divinités, Susanoo, souvent appelé Susanoo-no-Mikoto, se distingue par sa personnalité complexe, à la fois destructrice et salvatrice.

Dieu des tempêtes, de la mer et du chaos, Susanoo incarne les forces incontrôlables de la nature mais aussi la possibilité de rédemption et de renouveau. Son mythe, riche en épisodes dramatiques, joue un rôle fondamental dans les récits fondateurs du shintoïsme.

Culture

Définition de Susanoo

スサノオ Susanoo
スサノオ Susanoo

Susanoo (スサノオ), ou Susanoo-no-Mikoto (須佐之男命), est un kami majeur de la mythologie japonaise. Il est principalement associé aux tempêtes, aux vents violents, à la mer et aux catastrophes naturelles.

Frère cadet de la déesse du Soleil Amaterasu et du dieu de la Lune Tsukuyomi, Susanoo est connu pour son tempérament impulsif, rebelle et destructeur, mais également pour ses exploits héroïques, notamment sa victoire contre le dragon Yamata-no-Orochi.

Susanoo

Étymologie de Susanoo

Bien qu’il soit le plus souvent écrit en katakana, le nom Susanoo peut s’écrire de nombreuses façons, l’une des plus courantes étant 須佐之男. L’étymologie du nom Susanoo n’est donc pas totalement consensuelle et relève en partie d’interprétations a posteriori, mais plusieurs hypothèses existent, dont la suivante :

  • 須佐 (susa) pourrait provenir du verbe 荒ぶ (susabu) qui signifie “s’agiter, se déchaîner”.
  • 之 (no) est une particule possessive classique en japonais ancien.
  • (o) signifie “homme”.

Ainsi, Susanoo pourrait être interprété comme “l’homme déchaîné”, ce qui correspond étroitement à son caractère et à ses attributs mythologiques.

Origine et naissance

イザナギ Izanagi
イザナギ Izanagi

Selon les textes fondateurs japonais, le Kojiki (712) et le Nihon Shoki (720), Susanoo naît lors du rituel de purification du dieu créateur Izanagi, après son retour du monde des morts (Yomi).

Amaterasu naît de son œil gauche, Tsukuyomi de son œil droit, et Susanoo de son nez. Cette naissance symbolise déjà son lien avec le souffle, le vent et le chaos.

Amaterasu, Tsukuyomi et Susanoo
Amaterasu, Tsukuyomi et Susanoo

Le conflit entre Amaterasu et Susanoo

天照 Amaterasu
天照 Amaterasu

Le conflit entre Amaterasu, déesse du Soleil, et son frère Susanoo, dieu des tempêtes et des mers, constitue l’un des épisodes les plus marquants et symboliques de la mythologie japonaise.

Il met en scène l’opposition entre l’ordre et le chaos, la lumière et la destruction, et sert de fondement mythologique à l’organisation morale et cosmique du monde selon le shinto.

La personnalité de Susanoo et les prémices du conflit

Contrairement à Amaterasu, incarnation de la stabilité et de l’harmonie céleste, Susanoo est décrit comme une divinité impulsive, violente et incontrôlable. Dès son origine, il se distingue par son incapacité à assumer les responsabilités qui lui sont confiées.

Nommé souverain des mers, il néglige son rôle et passe son temps à se lamenter, provoquant des catastrophes naturelles telles que l’assèchement des rivières et la destruction des montagnes.

Avant de quitter le monde céleste pour rejoindre le royaume des morts (Yomi), Susanoo souhaite faire ses adieux à sa sœur Amaterasu. Celle-ci, méfiante, craint qu’il ne nourrisse des intentions hostiles. Pour prouver sa sincérité, un rituel de purification et de serment est organisé.

Susanoo, estampe de Utagawa Kuniteru (1847)
Susanoo, estampe de Utagawa Kuniteru (1847)

L’épreuve du serment et la montée des tensions

Amaterasu

Amaterasu et Susanoo réalisent un rituel appelé ukehi, une forme de serment divin. À partir des objets de l’autre, chacun engendre de nouvelles divinités.

Bien que le rituel se déroule sans violence, Susanoo interprète le résultat comme une preuve de sa supériorité et se livre à une jubilation excessive.

Cette réaction marque un tournant : Susanoo, grisé par ce qu’il perçoit comme une victoire, commence à semer le désordre dans le domaine céleste gouverné par Amaterasu.

Son comportement devient progressivement plus destructeur et irrespectueux envers les lois sacrées.

Les profanations du domaine d’Amaterasu

Les actes de Susanoo prennent alors une dimension ouvertement sacrilège. Il détruit les rizières célestes, obstrue les canaux d’irrigation et profane les lieux rituels, compromettant directement la subsistance et la pureté du monde divin.

Ces gestes ne sont pas anodins : le riz, symbole de vie et d’abondance, est au cœur de la société japonaise et de la religion shinto.

Tsukuyomi, Susanoo et Amaterasu
Tsukuyomi, Susanoo et Amaterasu

L’acte le plus grave survient lorsque Susanoo jette un cheval écorché à l’envers dans l’atelier sacré où les suivantes d’Amaterasu tissent les vêtements rituels. L’une d’elles meurt sous le choc. Cet événement constitue une transgression extrême des normes divines et provoque un traumatisme profond chez Amaterasu.

Le retrait d’Amaterasu dans la grotte céleste

Profondément choquée par la violence de son frère, Amaterasu se retire dans la grotte céleste, Amano-Iwato, et en bloque l’entrée avec un rocher. Ce retrait entraîne des conséquences catastrophiques : le monde est plongé dans l’obscurité, les récoltes périssent, les esprits malveillants se répandent et l’ordre cosmique s’effondre.

Ise-jingū

Ce passage est riche en symbolisme. L’absence de la déesse du Soleil représente la disparition de la lumière, mais aussi celle de la justice, de la stabilité et du lien entre le ciel et la terre. Le monde, privé de son principe régulateur, sombre dans le chaos.

La ruse des dieux et le retour de la lumière

Face à cette crise, les autres kami se réunissent pour élaborer un stratagème afin de faire sortir Amaterasu. La déesse Ame-no-Uzume exécute une danse provocante et joyeuse, déclenchant les rires des divinités. Intriguée par ce tumulte, Amaterasu entrouvre la grotte.

Les dieux placent alors devant l’entrée un miroir sacré (Yata no Kagami). En voyant son propre reflet, Amaterasu est surprise par cette lumière nouvelle et sort de la grotte. Un dieu puissant referme aussitôt l’accès, empêchant son retour à l’intérieur. La lumière est ainsi restaurée dans le monde.

Amaterasu sortant de la caverne, estampe de Shunsai Toshimasa (1889)
Amaterasu sortant de la caverne, estampe de Shunsai Toshimasa (1889)

Châtiment et rétablissement de l’ordre

Après cet épisode, Susanoo est jugé pour ses crimes et sévèrement puni : il est banni du monde céleste. Cette sanction marque le rétablissement de l’ordre moral et cosmique.

Cet exil marque un tournant dans le parcours mythologique de Susanoo. Il passe du rôle de divinité chaotique à celui d’un héros terrestre, confronté aux souffrances humaines.

Le combat contre Yamata-no-Orochi

ヤマタノオロチ Yamata-no-Orochi
ヤマタノオロチ Yamata-no-Orochi

Sur terre, Susanoo affronte le monstrueux dragon Yamata-no-Orochi, une créature à huit têtes et huit queues qui terrorise une famille et dévore leurs filles.

Par ruse et courage, Susanoo parvient à vaincre le monstre. Dans la queue du dragon, il découvre l’épée légendaire Kusanagi no Tsurugi, qui deviendra plus tard l’un des trois trésors sacrés du Japon.

Cet exploit fait de Susanoo un symbole de protection et de bravoure.

Susanoo attaque le dragon Yamata-no-Orochi, estampe de Toyohara Chikanobu (1870)
Susanoo attaque le dragon Yamata-no-Orochi, estampe de Toyohara Chikanobu (1870)

Il envoie ensuite l’épée Kusanagi no Tsurugi à sa sœur Amaterasu en guise d’offrande, geste souvent interprété comme une tentative d’apaisement et de réparation après ses fautes passées.

Susanoo épousa finalement Kushinada-hime, la dernière fille vivante de la famille qu’il avait sauvée en tuant le dragon. Leur union est à l’origine de lignées mythiques associées à la région d’Izumo, dont Susanoo devient la divinité tutélaire.

La dynastie d'Izumo

三種の神器 Les trois trésors sacrés du Japon
三種の神器 Les trois trésors sacrés du Japon

Les descendants mythiques de Susanoo, notamment Ōkuninushi, devinrent les divinités dominantes de la région d’Izumo. Selon les récits du Kojiki et du Nihon Shoki, Ōkuninushi joua un rôle central dans l’organisation et la pacification du monde terrestre.

Toutefois, la souveraineté sur le pays fut finalement cédée aux descendants d’Amaterasu lors du mythe du kuniyuzuri (“cession du pays”). À la suite de cet accord, Ninigi-no-Mikoto, petit-fils d’Amaterasu, descendit sur terre pour établir l’autorité céleste, ouvrant la voie à la lignée impériale japonaise.

Symbolisme et signification

Amaterasu

Le conflit entre Amaterasu et Susanoo ne se limite pas à une querelle familiale, il illustre des principes fondamentaux du shinto et de la culture japonaise :

  • La nécessité de l’équilibre entre forces opposées.
  • L’importance du respect des rites et de la pureté.
  • La supériorité de l’ordre collectif sur l’individualisme destructeur.

Ce mythe explique également l’origine des rituels, des trésors sacrés et de la hiérarchie divine, tout en offrant une réflexion sur la responsabilité, la transgression et la rédemption.

Susanoo représente ainsi la dualité fondamentale de la nature : destruction et création, chaos et ordre. Il incarne les tempêtes dévastatrices mais aussi la purification qu’elles apportent.

Dans le shintoïsme, il est vénéré non seulement comme un dieu dangereux, mais aussi comme un protecteur contre les épidémies et les esprits maléfiques, notamment dans certaines régions comme Izumo.

Le culte de Susanoo

La région d’Izumo abrite de nombreux sanctuaires dédiés à Susanoo, notamment celui de Yaegaki près de la ville de Matsue. Susanoo est aussi célébré dans environ 280 sanctuaires appelés “Hikawa”, principalement dans les préfectures de Saitama et de Tokyo.

Yaegaki-jinja

L’impact de Susanoo dans la culture populaire

Dès l’époque médiévale, Susanoo apparaît dans les récits, chroniques et formes théâtrales japonaises comme le nō et le kabuki. Son combat contre Yamata-no-Orochi est fréquemment représenté, car il combine spectacle, héroïsme et symbolisme. Dans ces œuvres, Susanoo est souvent présenté comme une divinité violente mais fondamentalement juste, capable de protéger les faibles après avoir expié ses fautes.

Susanoo est extrêmement présent dans la culture manga et anime, où il est soit repris directement, soit réinterprété. Dans le manga Naruto par exemple, le Susanoo est une manifestation guerrière colossale, symbole de puissance destructrice et de protection absolue, inspirée du caractère ambivalent du dieu.

Susanoo de Sasuke
© Naruto (ナルト), Masashi Kishimoto (岸本 斉史)

Conclusion

Susanoo est une figure emblématique de la mythologie japonaise, dont la richesse symbolique dépasse largement l’image d’un simple dieu colérique. À travers ses excès, sa chute et sa rédemption, il incarne les forces indomptables de la nature et les contradictions de l’âme humaine.

À la fois destructeur et héros, Susanoo illustre comment le chaos, bien que dangereux et source de désordre, peut parfois précéder un rétablissement de l’équilibre et un renouveau. Sa légende continue d’influencer la culture japonaise contemporaine, de la religion aux arts, en passant par la littérature et la culture populaire.

Source : Article Susanoo de Wikipédia

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